Yhomby (Jacques Joachim Yhomby-Opango) indépendant et réformateur. OU LE RÈGNE EPHEMERE D’UN HOMME DE RIGUEUR

LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT SASSOU-NGUESSO
Monsieur le Président,
Je m’adresse à vous aujourd’hui, non pas en tant qu’opposant, non pas en tant qu'ennemi,
mais en tant que citoyen congolais préoccupé par l’avenir de son pays.
DÉSACRALISATION DE LA FONCTION D'ÉTAT
Monsieur le Président, vous êtes au pouvoir depuis plus de 40 ans, si l'on additionne vos
deux périodes de règne (1979-1992 et 1997 à aujourd'hui).
Quarante ans ! Une durée qui dépasse largement l'espérance de vie moyenne au Congo.
Cela signifie que des millions de Congolais sont nés, ont grandi, ont vieilli, sont morts sans
avoir connu un autre président que vous.
Cela signifie que pour toute une génération, vous êtes devenu une institution, presque une
divinité, un pharaon moderne.

Mais Monsieur le Président, vous n’êtes pas un dieu. Vous n’êtes pas immortel. Vous n’êtes
pas infaillible.
Vous êtes un homme, avec vos qualités et vos défauts, vos réussites et vos échecs, vos
vertus et vos péchés.
Et comme tout homme, vous êtes mortel. Vous vieillissez. Un jour, vous partirez.
La question est : dans quel état laisserez-vous le Congo ?
RESPONSABILITÉ DU PRÉSIDENT
En 40 ans de pouvoir, vous avez eu toutes les opportunités de transformer le Congo, en
faire un pays prospère, juste, démocratique.
Le Congo n’a pas manqué de ressources. Le pétrole a coulé à flots pendant des décennies,
rapportant des milliards de dollars.
Le Congo n’a pas manqué de talents. Des milliers de Congolais brillants, compétents,
dévoués auraient pu servir le pays.
Le Congo n’a pas manqué de temps. Quarante ans, c’est largement suffisant pour construire
des infrastructures, développer l’éducation, moderniser l’économie.
Mais qu’avons-nous aujourd’hui ?
Un Congo où la pauvreté est endémique, où l’infrastructure est délabrée, où l’éducation et
la santé sont en ruines.
Un Congo où la corruption est généralisée, où le népotisme est la norme, où la méritocratie
est inexistante.
Un Congo où des régions entières sont marginalisées, où des communautés sont
stigmatisées, où des citoyens sont traités comme des sujets de seconde zone.
Un Congo où la violence politique est récurrente, où les droits humains sont bafoués, où la
justice est instrumentalisée.
Monsieur le Président, vous portez une responsabilité écrasante dans cette situation.
Vous ne pouvez pas vous défausser sur la colonisation, sur l’impérialisme, sur les complots
internationaux.
Quarante ans de pouvoir, cela vous rend responsable. Pleinement responsable.
BILAN DE VOTRE RÈGNE

Permettez-moi de dresser un bilan, nécessairement incomplet, de votre règne :
Sur le plan politique :
– Vous avez transformé le Congo en une monarchie de fait, où le pouvoir est héréditaire
– Vous avez violé la Constitution à plusieurs reprises pour vous maintenir au pouvoir
– Vous avez réprimé toute forme opposition sérieuse
– Vous avez organisé des élections truquées pour donner une façade démocratique à votre
régime
Sur le plan économique :
– Vous avez dilapidé des milliards de dollars de revenus pétroliers
– Vous avez endetté le pays de manière irresponsable
– Vous avez laissé prospérer la corruption à tous les niveaux
– Vous avez enrichi votre famille, votre clan, votre région au détriment du reste du pays
Sur le plan social :
– Vous avez laissé se dégrader les systèmes éducation et de santé
– Vous avez laissé la pauvreté installer et se généraliser
– Vous avez créé un fossé immense entre une petite élite prédatrice et une masse appauvrie
Sur le plan sécuritaire :
– Vous êtes revenu au pouvoir par les armes en 1997
– Vous avez déclenché ou laissé se poursuivre plusieurs guerres civiles
– Vous êtes responsable de milliers de morts, notamment dans le Pool
– Vous avez créé un climat de peur et de suspicion généralisée
Sur le plan régional :
– Vous avez pratiqué un régionalisme éhonté, favorisant systématiquement le Nord au
détriment des autres régions
– Vous avez exacerbé les tensions ethniques pour mieux régner
– Vous avez marginalisé des départements entiers, notamment le Pool
Sur le plan moral :
– Vous avez prononcé de beaux discours sur la rigueur, la probité, l’excellence, que vous
n’avez jamais appliqués
– Vous avez prêché une chose et pratiqué son contraire
– Vous avez donné le mauvais exemple à toute une génération
Monsieur le Président, ce bilan est accablant.
APPEL À LA DÉMISSION
Monsieur le Président, il est temps de partir.
Il est temps de laisser la place à une nouvelle génération, à de nouvelles idées, à une
nouvelle façon de gouverner.

Il est temps de permettre au Congo de se réconcilier avec lui-même, de panser ses
blessures, de construire un avenir différent.
Votre départ volontaire serait un acte de grandeur, un geste historique, une contribution
ultime au bien du pays.
Votre départ volontaire éviterait au Congo une transition violente, chaotique, peut-être
même une nouvelle guerre civile.
Votre départ volontaire vous permettrait de négocier les conditions de votre retraite, de
préserver votre dignité et celle de votre famille.
Mais si vous refusez de partir, si vous vous accrochez au pouvoir jusqu’à votre dernier
souffle, alors vous assumerez la responsabilité de tout ce qui arrivera après vous.
Car le Congo ne pourra pas continuer ainsi indéfiniment. Un jour, le système que vous avez
bâti s’effondrera. Et l’effondrement sera brutal, violent, douloureux.
QUEL HÉRITAGE VOULEZ-VOUS LAISSER ?
Monsieur le Président, vous avez plus de 80 ans. Vous êtes dans le dernier chapitre de votre
vie.
Quel héritage voulez-vous laisser ?
Voulez-vous être remembered comme un dictateur qui est accroché au pouvoir jusqu’à la
mort ?
Ou voulez-vous être remembered comme un homme d’État qui a su partir au bon moment ?
Voulez-vous que vos enfants, vos petits-enfants portent le poids de vos erreurs ?
Ou voulez-vous leur laisser un nom honorable ?
Voulez-vous que le Congo sombre dans le chaos après votre départ ?
Ou voulez-vous contribuer à une transition pacifique ?
Ces questions, Monsieur le Président, vous seul pouvez y répondre.
Mais sachez que l’histoire vous jugera. Et l’histoire est implacable.
CONCLUSION
Monsieur le Président Denis Sassou-Nguesso (Sassou),

Je ne me fais pas d’illusions. Je sais que cette lettre ne changera probablement rien à vos
décisions.
Je sais que vous êtes entouré de courtisans qui vous disent que vous êtes indispensable, que
le Congo ne peut pas se passer de vous, que vous devez rester jusqu’à la fin.
Mais au fond de vous-même, dans le silence de la nuit, quand vous êtes seul face à votre
conscience, vous savez que ce n’est pas vrai.
Vous savez que le Congo peut et doit se passer de vous.
Vous savez que vous avez failli.
Vous savez que votre bilan est largement négatif.
Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Il n’est jamais trop tard pour un acte de courage, de
lucidité, de grandeur.
Partez, Monsieur le Président. Partez dignement. Partez maintenant.
C’est le dernier service que vous pouvez rendre au Congo.
Un citoyen congolais épris de justice et de vérité.
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ANNEXE : DÉCLARATION INTÉGRALE DU PRÉSIDENT JACQUES JOACHIM YHOMBY-OPANGO À
LA CONFÉRENCE NATIONALE SOUVERAINE (26 Mars 1991)
PRÉAMBULE
Le 26 mars 1991, lors de la Conférence Nationale Souveraine, le général Jacques Joachim
Yhomby-Opango (Yhomby), ancien président de la République (1977-1979), a prononcé une
déclaration historique dans laquelle il a révélé des faits importants sur l'histoire récente du
Congo.
Cette déclaration, longtemps censurée, mérite d’être intégralement reproduite ici, car elle
apporte un éclairage essentiel sur les événements de mars 1977 et sur le fonctionnement
du régime du Congo populaire.
DÉCLARATION DU GÉNÉRAL YHOMBY-OPANGO
« Monsieur le Président de la Conférence Nationale,
Mesdames et Messieurs les délégués,
Mes chers compatriotes,

C’est avec une émotion profonde que je prends la parole devant vous aujourd’hui, après
tant d’années de silence forcé.
Pendant des années, j’ai été empêché de dire la vérité sur ce qui s’est passé dans notre
pays. Pendant des années, on a répandu des mensonges sur mon compte, on m’a accusé de
crimes que je n’ai pas commis, on a sali ma réputation.
Aujourd’hui, enfin, je peux parler librement. Je peux dire la vérité. Je peux témoigner.
LES ÉVÉNEMENTS DE MARS 1977
Le 18 mars 1977, le président Marien Ngouabi (le commandant) a été assassiné dans sa
résidence.
À l’époque, j’étais vice-président du Comité Militaire du Parti et chef d’état-major des forces
armées.
Immédiatement après l’assassinat, une réunion d’urgence du Comité Militaire a été
convoquée.
Lors de cette réunion, certains membres, que je ne nommerai pas ici mais dont l’identité est
connue de tous, ont désigné des boucs émissaires : l’ancien président Alphonse Massamba-
Débat (Massamba-Débat) et plusieurs de ses proches.
J’ai protesté contre ces accusations non fondées. J’ai demandé qu’une enquête sérieuse soit
menée pour établir la vérité.
Mais ma voix a été couverte par celles qui réclamaient une justice expéditive, une
vengeance immédiate.
L’EXÉCUTION DE MASSAMBA-DÉBAT
Le 25 mars 1977, une semaine après l’assassinat de Ngouabi (Marien Ngouabi), Alphonse
Massamba-Débat (Débat) et plusieurs autres personnes ont été exécutés sans procès
équitable, sans possibilité de se défendre.
Je tiens à le dire solennellement devant vous : Alphonse Massamba-Débat (Massamba-
Débat) était innocent.
Il n’avait rien à voir avec l’assassinat de Marien Ngouabi (le commandant).
Son exécution était un assassinat politique, un crime d’État.
Ceux qui ont ordonné cette exécution savaient qu’il était innocent. Mais

ils ont profité de la
confusion, de l’émotion, de la peur pour éliminer un rival politique, pour se débarrasser
d’une figure gênante.

L’ASSASSINAT DU CARDINAL BIAYENDA
Le 22 mars 1977, quatre jours après l’assassinat de Ngouabi (Marien Ngouabi), le Cardinal
Émile Biayenda a été à son tour assassiné.
Cet assassinat a été présenté comme l’œuvre des mêmes « comploteurs » qui avaient tué
Ngouabi (Marien Ngouabi).
Mais là encore, c’est un mensonge.
Le Cardinal Biayenda a été assassiné parce qu’il savait des choses. Parce qu’il était un
témoin gênant. Parce qu’il risquait de révéler la vérité.
Son assassinat était destiné à faire taire un homme de Dieu qui refusait de cautionner les
mensonges du pouvoir.
MA PRISE DE POUVOIR ET MA CHUTE
Après ces événements tragiques, le Comité Militaire du Parti m’a désigné comme président
de la République.
Je n’ai pas sollicité cette fonction. Je l’ai acceptée par sens du devoir, dans l’espoir de
ramener le calme, de rétablir la légalité, de conduire le pays vers une normalisation.
Pendant les deux années de mon mandat (1977-1979), j’ai tenté de réformer le système, de
lutter contre la corruption, de promouvoir une gouvernance plus ouverte.
Mais très vite, je me suis heurté à une opposition farouche au sein même du Parti.
Ceux qui avaient profité du système en place, ceux qui s’étaient enrichis, ceux qui avaient
des choses à cacher, ont commencé à comploter contre moi.
Le 5 février 1979, lors d’une réunion extraordinaire du Comité Central du Parti, j’ai été
accusé de « déviation de droite », de « tiédeur révolutionnaire », de « compromission avec
l’impérialisme ».
Ces accusations étaient ridicules, mais elles ont servi de prétexte pour m’évincer du pouvoir.
J’ai été arrêté, emprisonné, torturé. J’ai passé plusieurs années en prison, dans des
conditions inhumaines.
Mes proches ont été persécutés. Ma famille a souffert.
Et tout cela pourquoi ? Parce que j’avais voulu dire la vérité. Parce que j’avais voulu
réformer le système. Parce que j’avais refusé de me soumettre.
LE RÉGIME DE SASSOU-NGUESSO

Celui qui m’a remplacé à la tête de l’État, Denis Sassou-Nguesso (Sassou), était l’un des
principaux artisans de ma chute.
Il était également l’un de ceux qui, en mars 1977, avaient réclamé l’exécution rapide de
Massamba-Débat (Alphonse Massamba-Débat).
Pendant ses années de pouvoir (1979-1992), Sassou (Denis Sassou-Nguesso) a mis en place
un système de gouvernance fondé sur la corruption, le népotisme, le régionalisme.
Il a enrichi sa famille, son clan, sa région.
Il a marginalisé des pans entiers de la population congolaise.
Il a réprimé toute forme d’opposition.
Il a transformé le Congo en une propriété privée.
Aujourd’hui, grâce à cette Conférence Nationale, le peuple congolais a la possibilité de
tourner la page, de construire un Congo nouveau, démocratique, juste.
Mais pour cela, il faut d’abord faire la vérité sur le passé.
Il faut établir les responsabilités.
Il faut rendre justice aux victimes.
MES RÉVÉLATIONS
Je souhaite faire plusieurs révélations importantes devant cette Conférence :
Première révélation : L’enquête sur l’assassinat de Marien Ngouabi (le commandant) a
jamais été menée sérieusement. Des pistes importantes n’ont jamais été explorées. Des
témoins clés n’ont jamais été entendus. Des éléments matériels ont disparu
mystérieusement.
Pourquoi ? Parce que les vrais commanditaires de l’assassinat étaient au sein même du
pouvoir, et qu’ils ont tout fait pour empêcher que la vérité éclate.
Deuxième révélation : L’exécution de Massamba-Débat (Alphonse Massamba-Débat) a été
décidée lors d’une réunion secrète du Comité Militaire à laquelle je n’ai pas été convié.
Quand j’en ai été informé, il était déjà trop tard. Le peloton d’exécution avait déjà accompli
sa macabre besogne.
Troisième révélation : Le Cardinal Biayenda a été assassiné sur ordre du pouvoir. Les
exécutants étaient des militaires en uniforme. L’opération a été maquillée pour faire croire
à un acte de « comploteurs ».

Quatrième révélation : Ma chute en 1979 a été orchestrée avec l’aide de puissances
étrangères qui préféraient un Sassou (Denis Sassou-Nguesso) docile et manipulable à un
Yhomby (Jacques Joachim Yhomby-Opango) indépendant et réformateur.
Cinquième révélation : Pendant mon emprisonnement, j’ai été torturé. On a voulu me faire
signer des « aveux » dans lesquels je reconnaissais des crimes imaginaires. J’ai refusé. C’est
pourquoi mon emprisonnement a duré si longtemps.
APPEL À LA JUSTICE
Mesdames et Messieurs les délégués,
Je lance un appel solennel à cette Conférence Nationale : que justice soit rendue !
Que les crimes du passé soient jugés !
Que les victimes soient réhabilitées !
Que les bourreaux soient identifiés et sanctionnés !
Je demande notamment :
1. Que soit créée une commission d’enquête indépendante sur l’assassinat de Marien
Ngouabi (le commandant)
2. Que soit réhabilitée la mémoire d’Alphonse Massamba-Débat (Massamba-Débat) et de
tous ceux qui ont été injustement exécutés en mars 1977
3. Que soit réhabilitée la mémoire du Cardinal Émile Biayenda
4. Que soient punis les responsables de ces crimes
5. Que soient indemnisées les familles des victimes
CONCLUSION
Mes chers compatriotes,
Le Congo a trop souffert du mensonge, de l’injustice, de l’impunité.
Si nous voulons construire un Congo nouveau, nous devons commencer par regarder notre
passé en face, par dire la vérité, par rendre justice.
C’est à ce prix seulement que la réconciliation nationale sera possible.

C’est à ce prix seulement que nous pourrons tourner la page et avancer ensemble vers
l’avenir.
Je suis prêt, pour ma part, à contribuer à cette œuvre de vérité et de justice.
Je suis prêt à témoigner devant toute commission d’enquête.
Je suis prêt à fournir tous les documents, tous les noms, toutes les preuves dont je dispose.
Car je n’ai rien à cacher. Ma conscience est tranquille.
Je n’ai pas de sang sur les mains.
Je peux regarder mes compatriotes dans les yeux.
Je peux regarder l’histoire en face.
Puisse cette Conférence Nationale marquer le début d’une ère nouvelle pour le Congo.
Puisse-t-elle être le lieu où la vérité triomphe enfin du mensonge.
Puisse-t-elle être le lieu où la justice l’emporte sur l’impunité.
Je vous remercie de votre attention.
Vive le Congo !
Vive la démocratie !
Vive la vérité ! »
(Fin de la déclaration du général Jacques Joachim Yhomby-Opango)
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