Il faut d’emblée préciser que le terme philosophie n’est usité ici que pour exprimer le sens général que lui donne les allemands lorsqu’ils mettent en évidence la notion de weltanscauung qui se traduit par vision du monde. Ce travail sur l’avenir exige, de la part de celui qui construit l’idéal pour le bien être d’une communauté politique quelconque, un engagement et un enracinement irréversibles sur des valeurs universelles qui fondent l’existence humaine.
Lorsqu’on choisi de penser que Matsoua a lutté toute sa vie pour l’émancipation et l’indépendance des peuples d’Afrique équatoriale française en général , et du Moyen-Congo en particulier, on comprend mieux le long et profond travail de réflexion qu’il a mené pour penser la libération de l’homme noir.Pendant plus de deux décennies , Matsoua a produit la synthèse de son projet historique. Ce projet historique se à comprendre comme une mission imposable aux générations contemporaines à Matsoua et futures jusqu’à sa réalisation effective et définitive. Il implique entre autres, une marche dans le temps , une prise de conscience toujours renouvelée, un vécu quotidien du détail au détail au- delà de tous les tumultes.
Le projet historique de Matsoua tourne autour de Matsoua autour de la libération de l’homme noir. Libérer l’homme noir « c’est lui permettre de ré-conquérir son droit à la dignité intégrale, c’est lui créer les conditions nécessaires, matériélles et spirituelles pour maîtriser et asseoir son développement (Joseph Zidi la mission de Simon Kimbangu, conférence internationale sur Papa Kimbangu, Kinshasha, Rénéo, 16 février 2006, p.39).
La libération est donc le lieu où est bannie toute idée de servitude,d’aplatissement culturel et de négation ontologique . Car , la colonisation a installé dans l’imaginaire collectif des peuples africains trois négations fondamentales :
La première négation concerne la filiation de l’homme noir à son Dieu.IL s’agit précisément travers la politique d’évangélisation de substituer la spiritualité occidentale aux croyances et symboles africains. Le travail de la colonisation a donc consisté lessiver toute la conscience collective des populations autochtones pour atteindre in fine la fameuses tabula rasa(page blanche).
-La deuxième quant a elle ,récuse son historicité. C’est à dire que l’homme noir n’est pas dans le champs historique.Dés lors , aucune évolution ni révolution ne sont ni observables ni envisageables.
– La troisième est la résultante des deux premières. Sans rapport avec l’au-delà qui consacrerait le passage du passé au futur, l’homme noir ne peut donc prétendre au développement.
La libération telle que pensée par Matsoua ne se réduit pas seulement à la dimension politique (MIKALE ).Elles est tout à la fois socio économique(AMICALE).Et spirituelle(NZOUNZISME). Et c’est tout le mérite de Matsoua d’avoir intégré les trois dimensions en un seul concept, à savoir le Matsouanisme qui allie la liberté et l’idéal . Le projet historique de Matsoua instaure au- délà de la liberté et de l’idéal, le respect de la vie et de la personne humaine. Qu’est ce à dire ? Cela veut dire que dans un contexte colonial ou le cynisme du colonialisme français chosifie l’homme noir, le vrai combat aura été celui de l’humanisation , c’est à dire tirer l’homme noir de la banalisation blanche, , de la zone de l’infrahumain dans laquelle le colonialisme français tentait de l’enfermer . La libération se comprend donc comme la recherche de l’humain. Il s’agit donc de créer et d’inventer une nouvelle société qui puisse prendre en compte la liberté, le droits de la personne humaine et le développement. La possibilité ainsi ouverte par Matsoua porte sur un changement culturel de fond : transformer l’homme noir dans sa totalité afin qu’il soit maître de son propre destin. Au demeurant , contrairement aux thèses racistes professées par les colons blancs, thèses consistant à nier toute capacité de réflexion et de développement à l’homme noir, Matsoua a démontré la face du monde que l’homme noir n’est pas dépourvu de réflexion et d’idéal. La preuve est que Matsoua, en tant que noir, a eu une vision nette pour son peuple, vision centrée sur la libération, la réhabilitation et surtout la reconstruction de son espace vital.

